Créer un site gratuitement Close

KSAR

UN KSAR ORIGINEL

 
Revenons à la conception même du ksar de Kénadsa. L'observateur avisé qui considère avec un tant soit peu d'attention la configuration et la topographie du terrain sur lequel a été édifié ce ksar, ne manquera pas d'être surpris par le génie ayant présidé à l'agencement et à l'emplacement des divers éléments constitutifs de cet ensemble. En effet, il y a d'une part la falaise « El Barga » qui marque les limites du plateau rocailleux d'Oum Sba, continuation de l'Atlas saharien. Au pied de la dite falaise, émergent toutes les sources d'eau à quelques encablures les unes des autres et qui sont les éléments fondateurs grâce auxquels a pu être bâtie la ville. A partir de la falaise, le terrain repart avec une légère et constante inclinaison qui va se perdre à l'infini dans le sens nord-sud : c'est au début de cette pente douce presque au pied de la falaise qu'a été construit le ksar.
 
Puis, toujours dans le sens de la pente et immédiatement après le ksar, viennent les jardins qui constituent la palmeraie de Kénadsa. Il paraît évident que c'est la présence de ces sources et la configuration du terrain qui ont décidé les premiers venus à s'installer à cet endroit précis.
 
En effet, l'eau d'une source donnée est d'abord acheminée par gravitation à l'aide d'un canal souterrain jusqu'à la maison du propriétaire de la source. La maison n'est pas bien loin généralement. Quand elle arrive dans la maison, l'eau est presque à fleur de sol. A l'intérieur, le canal continue son chemin soit à ciel ouvert soit en souterrain jusqu'au patio central de la maison. Là, le précieux liquide est recueilli dans un petit bassin aménagé à cet effet. Ce bassin sert à stocker - toujours en permanence - une certaine quantité d'eau pour l'usage domestique et cultuel de la famille. L'eau est ainsi disponible à tout moment de la journée ou de la nuit. Cependant, le surplus d'eau, qui se déverse en permanence dans le dit bassin par un système de dénivelée, est acheminé à l'aide d'un autre canal vers l'extérieur de la maison et ce, toujours par gravitation. Au sortir de la maison, l'eau est souvent recueillie immédiatement dans un autre grand bassin à l'air libre (Sarij ou Sahrij ou majen) qui se trouve, comme de juste, dans le jardin du propriétaire. Plus le propriétaire est aisé, plus l'étendue de son jardin de « plaisance » et de cultures vivrières est grande. Les jardins s'étendent dans la continuité de l'inclination du terrain. Ainsi, l'arrosage se fait toujours par gravitation de l'eau coulant dans le sens de la pente naturelle, avec des aménagements qui permettent un arrosage complet du jardin. Par ce système ingénieux, il n'y a donc besoin ni de pompe ni d'un quelconque mécanisme pour puiser l'eau : il suffit de bien l'orienter. Ainsi, les gens avaient «l'eau courante» (dans le vrai sens du mot) et dans le figuré et ce, depuis des siècles. En outre, ils disposaient de leurs jardins à proximité de leurs demeures. Faut-il croire qu'il faisait indubitablement bon vivre dans ces jardins ombragés, denses et humides, dans une contrée où la sécheresse et le soleil sont en période de canicule, d'une cruauté à peine supportable. Et l'on ne peut que comprendre Isabelle EBERRARDT, d'avoir été « ensorcelée » autant qu'inspirée par ce coin de paradis terrestre, pour écrire « Dans l'ombre chaude de l'Islam ».
 
                     Une source peut appartenir à une seule famille où à plusieurs propriétaires (cas d'héritage et/ou en propriétés successorales indivises). En fait, ces sources sont souvent la propriété des seules grandes familles de Kénadsa, les premières installées sur le site. Lorsque la source appartient à une seule famille, l'eau arrive dans la maison de cette famille, puis dans ses jardins comme décrit plus haut. Pour ceux qui possèdent en commun une ou plusieurs sources, le principe de distribution se pratique par un système de «vannes», placé en amont au sortir de la source, qui permet un partage équitable selon un temps d'heures d'écoulement de l'eau : il s'agit de trous que l'on ferme ou que l'on ouvre à des heures de la journée ou de la nuit, selon des normes convenues un peu comme dans le système des foggaras du Touat et du Gourara.
 
Les mosquées bénéficient aussi, sous forme de bien houbous, de ce système et reçoivent leur part d'eau (en termes de temps d'écoulement). C'est le cas de la mosquée de Sid El hadj laquelle, jusqu'au jour d'aujourd'hui, partage l'eau de Aïn Dir avec une famille et un jardin appelé Tlat. Le ksar était évidemment fortifié. Des pans du mur d'enceinte sont encore visibles par endroits. Comme cela se faisait dans toutes les casbahs fortifiées des villes d'Afrique du Nord, les portes étaient fermées à la tombée de la nuit et ouvertes à l'aube. Aujourd'hui, seule la porte dite «Bab Essouk» subsiste encore. Cependant, les gens de Kénadsa ne semblent pas avoir gardé en mémoire une quelconque peur de pillards ou d'attaque extérieure, la ville ayant toujours été respectée du fait du Saint homme Sidi M'Hamed . Donc, le mur d'enceinte de la ville n'est que la marque de la limite qu'exige El horm islamique et une protection contre les bêtes sauvages.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site